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 Source: les notions qui suivent sont un résumé de réf.3, Rosling "Factfulness", chap.1 à 10 .

 

1. L'instinct de polarisation ("gap instinct") :

"Entre eux et nous il y a un trou béant", or la réalité n'est en général pas ou peu polarisée, en fait la majorité des cas se situe dans l'entre deux, là où est supposé être le trou.

 

2. L'instinct de négativité ("negativity instinct") :

"Les choses vont de mal en pis", les mauvaises nouvelles ont sur nous un impact émotionnel beaucoup plus fort que les bonnes, on a tendance à embellir le passé, les journalistes et les activistes exploitent cette tendance en présentant des reportages majoritairement négatifs.

 

3. La prolongation instinctive de la ligne droite ("straight line instinct") :

On suppose que ce qui augmente va continuer linéairement à croître, par exemple la population augmente et on croit que ça va continuer indéfiniment .... Dans la réalité, de telles évolutions sont rares, beaucoup de tendances ne suivent pas des lignes droites mais plutôt des courbes en S, ou passent par un maximum et puis redescendent, ou des exponentielles mais qui ne peuvent pas non plus se poursuivre indéfiniment.

 

4. La peur instinctive ("fear instinct") :

Nos peurs naturelles de la violence, de la captivité, de la contamination ... nous entraînent à surévaluer systématiquement ces risques et à être particulièrement réceptifs aux nouvelles effrayantes. Il faut garder son sang-froid dans ce domaine et se rappeler que le monde parait souvent plus effrayant ou dangereux qu'il ne l'est en réalité parce que les informations sont sélectionnées par nos propres filtres instinctifs et par les médias, précisément parce qu'elles sont effrayantes. Ne prenez jamais de décisions hâtives sous l'empire de la panique.

 

5. L'impression instinctive face à la masse ("size instinct") :

Nous pouvons être vite impressionnés par un nombre isolé, soit qu'il nous semble énorme, ou au contraire tout petit et insignifiant. Or des nombres isolés sont trompeurs et doivent nous rendre dubitatifs. Il faut toujours chercher à les comparer, et , par ex., les diviser par un autre nombre. Les ratios sont souvent plus pertinents et peuvent raconter une histoire toute différente de celle qui apparait à travers des chiffres absolus, notamment quand il s'agit de comparer des groupes de taille différente.

 

Donnons un exemple (source : un article de "Contrepoints"du 10/9/2018) :

 

"le 21 septembre 2017, "En Marche", parti politique du président Emmanuel Macron, publiait sur son site une page pleine de chiffres se voulant effrayants sur les risques liés au réchauffement climatique. ... Une des affirmations était "7,8 millions de litres de glace fondent par seconde en Antarctique", un tel chiffre impressionne, cela a de quoi faire peur. Ramenons cela en m3 : "7.800 m3 par seconde" , c'est déjà moins impressionant, mais multiplions par 31.536.000 secondes dans une année : nous arrivons de nouveau à un chiffre énorme de l'ordre de 246 milliards de m3, mais par an cette fois-ci. Comparons maintenant ce chiffre au volume total des glaces polaires, soit 24 millions de milliards de m3 de glace (source Ifremer), nous obtenons 0,001 % soit un millième de % ou encore un cent-millième du volume total des glaces polaires en un an. Donc les chiffres annoncés, en apparence impressionnants, sont en fait parfaitement insignifiants ...

NB : le volume de calotte glaciaire antarctique (on ne parle que de calotte ici, les variations saisonnières de banquise n’ayant aucune incidence sur le niveau des mers) varie à la hausse où à la baisse selon les périodes et les lieux."

 

6. L'instinct de généralisation ("generalisation instinct") :

L'être humain ne peut s'empêcher de généraliser, et c'est légitime, mais il faut éviter de généraliser incorrectement. Les catégories utilisées peuvent être trompeuses, soit qu'elles regroupent erronnément des cas différents, soit qu' "a contrario" elles empêchent de reconnaître les similitudes qui peuvent exister. Il faut donc toujours être prêt à mettre en question ses catégories. Il faut notamment se méfier des exemples frappants, plus faciles à voir, mais qui peuvent n'être que des exceptions. Se méfier aussi de la notion de "majorité", qui, ne l'oublions pas, peut aussi bien signifier 51 % que 99 %.

 

7. L'inévitabilité du "destin" ("destiny instinct") :

Soit qu'on s'accroche désespérément au statu-quo ("cela a toujours été comme ça"), ou soit qu' "a contrario" on souhaite des changements radicaux immédiats ("parce que c'est le sens de l'histoire"), il faut se rendre compte que beaucoup de choses (peuples, pays, religions, cultures ...) paraissent constantes seulement parce que le changement se produit lentement, mais au bout du compte de petits changements graduels finissent par aboutir à des résultats très différents. Il faut être prêt à mettre en question l'idée que la situation d'aujourd'hui est la même que celle d'hier et sera aussi la même demain.

 

8. L'instinct de la perspective unique ("single perspective instinct") :

Une perspective ou point de vue unique limite notre imagination. Pour avoir une compréhension plus exacte des problèmes et trouver des solutions pratiques, il vaut mieux les regarder sous plusieurs angles. L'expertise de chacun est limitée, il ne faut pas se croire expert en dehors de son domaine, et être aussi conscient des limites de l'expertise des autres. Le monde ne peut pas être compris sans les nombres, mais aussi ne peut pas être compris rien qu'avec les nombres : ceux-ci doivent toujours être reliés à la réalité concrète. Il faut se méfier des idées et solutions "simples" et accueillir la complexité du réel.

(voir la sous-rubrique "à qui faire confiance pour s'informer ?")

 

9. L'instinct du blâme ("blame instinct") :

Il consiste à essayer de trouver une raison simple expliquant pourquoi quelque chose de mauvais s'est produit, généralement un "méchant", individu ou groupe, confirmant nos croyances, par ex. "les multinationales", "le big business", "l'Europe", "les banques", "la finance", "les  étrangers" etc ...

Face à un problème, il faut résister à cette recherche d'un "bouc émissaire". Il faut rechercher les causes, pas les "salauds" ou les fautifs. Il vaut mieux chercher à comprendre les multiples causes en interaction, çàd. le "système" qui a créé la situation.

 

10. L'instinct de l'urgence ("urgency instinct") :

"Agissez maintenant, ou perdez votre chance pour toujours".

 

"Nous devons créer la peur", dit Al Gore au conférencier (Hans Rosling), qui s'apprête à montrer 3 scénarios de changement climatique : celui du pire, celui du mieux et le plus probable. Il insiste auprès de lui, qui est un ami personnel, pour ne montrer que le scénario du pire. Le conférencier résistera à cette injonction. En effet, c'est un homme intellectuellement honnête. Il estime que le changement climatique nécessite une analyse systématique, des décisions pensées à fond, des actions incrémentales, et une évaluation soigneuse. L'exagération décrédibilise des données bien fondées.

 

Certains aspects du futur sont toujours plus difficiles à prévoir, notamment les évolutions climatiques, la croissance économique, le chômage ... à cause de la complexité des systèmes impliqués.

 

La peur, la panique de l'urgence peuvent entraîner des actions drastiques avec des effets collatéraux imprévisibles.

 

Il faut donc apprendre à reconnaître quand une décision est réellement urgente et se rappeler que c'est rarement le cas. Quand votre instinct d'urgence est déclenché, vos autres instincts le sont aussi et votre capacité d'analyse s'arrête. Commencez par respirer, et demandez plus de temps et plus d'information. C'est rarement "maintenant ou jamais" et rarement "ça ou rien". Insistez pour disposer des données, demandez à avoir une gamme de scénarios, examinez combien de fois de pareilles prédictions se sont révélées exactes dans le passé, méfiez-vous des actions drastiques ...

 

Conclusion

Etre conscient de ses instincts et pratiquer une discipline de pensée permettant de les neutraliser pour vous amener à une vision plus réaliste du monde peut demander beaucoup d'effort et de temps, et probablement, ne vous permettra pas d'avoir une opinion sur tous les sujets, à rebours de ceux pour qui "tout est simple" et qui trouvent toutes les explications dans une idéologie plus ou moins simpliste.

 

Mais qu'importe : ne préférez vous pas avoir peu d'opinions, mais qui soient justes, plutôt que beaucoup d'opinions, mais qui sont fausses ?

 

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